Une forêt pas comme les autres – Anaïs

par Sep 20, 2022Ici & Ailleurs4 commentaires

Anaïs descendit de la voiture et ouvrit le portail en fer forgé. Sa grand-mère entra et se gara dans l’allée.

Ses parents voyageaient beaucoup pour leur travail, et sa grand-mère maternelle, Gladys, s’était proposée pour la garder dès son plus jeune âge, leur permettant de partir plus librement.

Anaïs n’en voulait pas à ses parents, elle aimait bien sa petite vie en compagnie de sa grand-mère, même si depuis qu’elle était à l’université, tout était différent.

Elles habitaient dans une grande maison moderne construite à partir de bois durable sur un terrain de plus de dix hectares dont la majeure partie n’était que de la forêt.

Une forêt dans laquelle Anaïs aimait se balader avant son entrée à la fac.

Elle sourit en repensant aux innombrables heures qu’elle y passait, mélangeant promenade et lecture, adossée contre un arbre ou à même le sol, accompagnée des petits animaux de la forêt.

Ces moments rien qu’à elle lui manquaient beaucoup depuis ses débuts à l’université. Elle pouvait toujours en profiter les week-ends quand elle rentrait, ou pendant les vacances, mais c’était différent.

— Anaïs ?

Elle sortit de ses pensées et secoua la tête. Sa grand-mère l’attendait près de la porte d’entrée. Elle se hâta.

— Pardon Nanny !

C’était le surnom que sa petite fille lui donnait. Gladys avait horreur du sobriquet « Mamie » et refusait encore plus qu’elle l’appelle par son prénom.

— Allez, allez, dépêche-toi de rentrer maintenant !

Anaïs leva les yeux au ciel et s’exécuta. Elle se déchaussa et hissa sa lourde valise dans les escaliers. Pourquoi sa chambre devait-elle se situer au deuxième et dernier étage ? Avoir l’étage pour elle toute seule était génial mais pour monter et descendre ses bagages, là, c’était plutôt à chaque fois un calvaire.

Sa chambre, son bureau, sa bibliothèque et sa salle de bain s’étalaient sur tout l’étage. C’était surtout une immense pièce avec salle de bain attenante, mais Anaïs aimait bien compartimenter. Elle avait l’impression d’avoir son propre appartement intégré à la maison de sa grand-mère.

Anaïs lâcha sa valise sur le sol et en sortit tout son linge sale. Peut-être devrait-elle envisager à l’avenir de vider sa valise avant de la monter dans sa chambre ? Cela lui ferait sûrement moins de poids mais elle oubliait tout le temps.

Anaïs attrapa la pile de linge sale, descendit au rez-de-chaussée et lança une machine. Satisfaite, elle rejoignit sa grand-mère qui s’affairait dans la cuisine.

— Oui ma chérie, ne t’inquiète pas je suis allée la chercher, elle va bientôt descendre…

Gladys releva la tête.

— Justement la voilà ! Anaïs, c’est Katherine !

— Maman ? se réjouit Anaïs.

Elle sautilla vers sa grand-mère et attrapa la tablette posée sur le comptoir.

— Ma chérie ! Comment vas-tu ? Ta semaine s’est bien passée ? Tu as pu te faire de nouveaux amis ? C’est comment alors Nice, tu as bien aimé ? …

— Maman… soupira Anaïs.

— Tu poses trop de questions Kat’ ! dit une voix masculine en fond.

— C’est surtout que les cours ont repris depuis plus de six mois ! J’ai largement eu le temps de m’adapter à mon nouvel environnement, qui n’a plus rien de nouveau d’ailleurs.

La mère d’Anaïs fit la moue.

— Pardon ma chérie, je crois que le travail me monte un peu à la tête en ce moment.

Encore une excuse en carton, comme d’habitude, mais Anaïs ne pouvait pas trop lui en vouloir. Sa mère et son père voyageaient beaucoup pour leur travail, surtout à cette période de l’année. Il y avait peut-être un peu de vrai dans ses paroles cette fois-ci.

Son père se montra à l’écran. Anaïs chassa ses idées noires d’un revers imaginaire de la main.

— Bonjour papa !

Elle n’avait pas parlé à ses parents de vive voix depuis longtemps. Entre ses propres cours à la fac, leurs déplacements et le décalage horaire, ce n’était pas toujours facile de trouver un moment qui convienne pour tout le monde. Elle était contente de pouvoir leur parler.

Ils échangèrent encore quelques minutes, puis sa mère coupa la connexion car ils devaient se rendre à une réunion importante avec un client.

Pendant que sa grand-mère terminait de chauffer les plats, Anaïs mit le couvert en extérieur, sur la table de jardin en mélèze qui trônait au centre de la terrasse en bois vieilli par les intempéries.

Gladys arriva avec une quiche aux poireaux et champignons encore fumante qu’elle disposa sur le dessous de plat au centre de la table. Les yeux d’Anaïs s’illuminèrent. C’était son plat préféré ! Elles s’installèrent et profitèrent de leur repas.

* * *

En début d’après-midi, Anaïs se rendit dans la forêt à l’arrière du jardin. C’était une des choses qui lui manquaient le plus à Nice : la forêt. Et pas n’importe laquelle, celle dans le jardin de sa grand-mère. Il y avait quelque chose de spécial ici qu’Anaïs avait du mal à comprendre. Il n’y avait que dans cette forêt qu’elle se sentait aussi bien, comme si elle y était accueillie.

Elle s’arrêta près d’un grand chêne, posa sa main délicatement sur l’écorce et ferma les yeux. C’était un des endroits qu’elle préférait dans la forêt. Elle aimait ressentir en elle le calme et la sérénité que cet arbre lui apportait. Quand elle fermait les yeux, les sensations se décuplaient.

Anaïs rouvrit les yeux en souriant. Elle explora l’espace autour d’elle pour retrouver son endroit favori et courut vers un hêtre majestueux dont les branches s’étendaient de tous les côtés. Elle salua l’arbre, comme précédemment, puis grimpa. Elle aimait s’asseoir sur l’une des grosses branches, dos contre le tronc pour se stabiliser.

— Ah ! Qu’on est bien là ! s’exclama-t-elle après avoir pris une profonde inspiration.

Elle ferma les yeux. Les oiseaux chantaient, les feuilles des arbres dansaient au gré du vent. Bien loin des klaxons et bourdonnements incessants de la ville, le silence et le calme de la forêt l’enivrait. Elle faillit s’endormir, bercée par la tranquillité des lieux.

Alors que son corps basculait sur le côté, Anaïs se rattrapa de justesse, manquant par la même occasion de tomber de l’autre côté.

De nouveau complètement alerte, elle descendit du hêtre et continua sa petite ronde dans la forêt.

Les feuilles des arbres étaient de plus en plus vertes et quelques bourgeons apparaissaient çà et là. Il y avait même des petites fleurs tout juste écloses.

A sa gauche, un arbre qui n’avait rien à faire là attira son attention. Avait-elle bien vu ? Elle s’approcha.

Anaïs laissa échapper un petit cri de surprise. Quel était cet endroit ? Un arbre, immense, bien plus large et bien plus grand que ceux dont elle avait l’habitude, trônait au centre d’une petite clairière.

Que faisait-il ici, dans cette clairière qu’elle n’avait jamais vue non plus alors qu’elle se targuait auprès de sa grand-mère de connaitre cette forêt comme sa poche ?

L’arbre était tellement immense qu’elle aurait déjà dû le voir depuis longtemps. Il devrait même être bien reconnaissable depuis la maison, étant bien plus grand que tout le reste de la forêt.

Était-elle en train de rêver ?

Différents scénarios émergèrent dans sa tête. Et s’il n’était vraiment pas là avant ? Et s’il était apparu ? Et si c’était un arbre… magique ?

Anaïs secoua la tête.

Non. Ce n’était pas possible. Elle lisait peut-être un peu trop de romans. Anaïs eut un pincement au cœur. Pourquoi cela ne pouvait arriver que dans les livres ?

Elle posa de nouveau son regard sur l’arbre. Quoi qu’il en soit, Anaïs n’en avait jamais vu d’aussi grand dans cette forêt.

Quelque chose en elle la poussait de manière très forte à s’approcher, encore et toujours plus, jusqu’à en toucher l’écorce.

STOP ! cria une voix affolée dans sa tête.

Anaïs s’arrêta net, comme sortant d’une transe.

La voix n’était plus qu’un souvenir lointain, comme si elle n’avait jamais existé.

Elle regarda son bras. Il était levé, sa main à quelques centimètres à peine du tronc. Elle le baissa le long de son corps.

Comment était-elle arrivée là ? Elle ne se souvenait pas avoir bougé. Elle regarda autour d’elle puis passa sa main dans ses cheveux, tentant de remettre ses idées au clair.

Peu à peu, la mémoire lui revint. Elle s’était sentie irrémédiablement attirée par cet arbre majestueux. A tel point qu’elle ne s’était même pas rendu compte qu’elle avait avancé.

Puisqu’elle était là, elle pourrait l’observer un peu mieux, non ?

Non.

Quelque chose en elle la poussait à s’éloigner.

Aussi vite que possible.

Elle sentit un tiraillement au niveau de son cœur. Sa tête n’en menait pas large non plus, comme si elle était à moitié endormie et à moitié éveillée. Elle devrait peut-être plutôt rentrer chez sa grand-mère pour se reposer.

Anaïs recula à petits pas, encore déboussolée, puis tourna le dos à cet arbre étrange. Elle avança, d’abord doucement, puis accéléra le pas.

Sans s’en rendre compte, elle fut très vite de retour près de la maison. Elle rentra et se jeta directement sur le canapé, la tête encore dans les vapes.

Sa grand-mère fronça les sourcils.

— Anaïs ? Que se passe-t-il ?

Mais Anaïs ne l’entendit pas alors qu’elle s’allongeait machinalement sur le canapé et plongeait dans un profond sommeil.

* * *

Perché en hauteur, le Gardien de l’Arbre observa la jeune fille s’éloigner.

Il avait failli à sa tâche.

Aucun humain jusque-là n’avait réussi à transpercer ses barrières de protection à moins d’y avoir été invité.

Pourtant, cette jeune fille l’avait fait. Et le pire, c’est qu’il n’avait rien vu venir. Lui, qui parvenait à deviner les intentions de chaque être traversant cette forêt, n’avait pu anticiper quoi que ce soit. C’était une première pour lui.

Qui était cette jeune fille ? Comment avait-elle percé ses barrières réputées infranchissables ?

Le Gardien soupira. Dès que l’humaine fut hors de vue, il descendit de son perchoir.

Heureusement, il était arrivé à temps cette fois-ci pour l’empêcher de toucher l’Arbre. Mais qu’en serait-il la prochaine fois ?

Je suis Sarah Mia, Illustratrice, Autrice de romans dans le genre de l’imaginaire et Rédactrice Web.

Ma mission est de permettre aux passionnés de Voyages Intérieurs et d’Aventure de faire un pas de côté dans leur vie quotidienne pour s’évader vers les Mondes d’Ici et d’Ailleurs, l’espace d’un instant.

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4 Commentaires

  1. Zina

    Je prends plaisir à te lire, j’attends patiemment la suite

    Bisous

    Réponse
  2. Rose

    Bravo Sarah ! J’ai beaucoup aimé ! A quand la suite ?

    Bisous,
    Rose

    Réponse
    • Sarah Mia

      Merci Rose ! 😊
      Concernant la suite, ce texte est extrait d’une histoire dont je n’ai pas encore terminé le 1er jet. Elle arrivera un jour, mais pour le moment, je ne sais pas moi-même quand je la terminerai 🤔

      Réponse

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